COP 22 : clap de fin sur le sommet climat de Marrakech, dans l’ombre de Trump

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Les négociations, tournées vers la mise en œuvre de l’Accord de Paris, adopté l’an passé, se sont achevées vendredi soir.

 

Après la célébration de 21e Conférence des parties sur le climat (COP21), sous l’égide de l’ONU à Paris, son accord adopté en décembre et ses grandes envolées lyriques, la COP22, qui s’est achevée le vendredi 18 novembre au soir à Marrakech, ne pouvait qu’avoir un rôle ingrat. «Paris devait concevoir la machine, et Marrakech, se retrousser les manches et mettre les mains dans le cambouis

imagesTechnique parce que COP de la mise en œuvre de l’Accord de Paris (qui vise à contenir la hausse des températures mondiales sous les 2 degrés par rapport à l’ère préindustrielle), peu lisible et sans relief, elle a en plus dû faire le dos rond après l’élection de Donald Trump. L’ombre portée du milliardaire climatosceptique, qui avait menacé «d’annuler» le deal scellé au Bourget, il y a un an, n’a laissé personne indifférent.

 «L’Accord de Paris est irréversible»

Teresa Ribera, directrice de l’Institut du développement durable et des relations internationales (IDDRI), salue tout de même la «réaction de maturité» des pays, qui ont continué à négocier et «à avancer» sur certains sujets. «Après l’élection de Bush, en 2000 (qui avait fait sortir les Etats-Unis du Protocole de Kyoto, mettant un coup d’arrêt à l’action climatique), tout le monde était obsédé, on ne parlait que de ça».

«Aucun pays ne s’est écarté de ses engagements dans l’action climatique depuis l’élection, se rassure Paula Caballera, du WRI. Au contraire, depuis, l’Australie, le Japon, le Pakistan, l’Italie et d’autres ont ratifié l’Accord de Paris.»

L’élément de langage de la semaine a, sans conteste, été «l’irréversibilité».

Certes, l’accord est entré en vigueur début novembre, mais sans mécanismes de sanction, il repose essentiellement sur le bon vouloir des Etats à respecter leurs engagements en termes de réduction d’émissions de gaz à effet de serre. Et sur un subtil équilibre entre pays, du Nord ou du Sud, qui se tiennent par la barbichette dans ces négociations. Une sortie des Etats-Unis, première puissance économique mondiale, deuxième émetteur de GES, et bailleur de fonds de premier ordre, de l’Accord de Paris, voire de la Convention des nations unies sur le climat (CCNUCC), déstabiliserait fortement l’édifice.

C’est plus une COP de la temporisation que de l’action. Les principaux sujets, comme l’agriculture, sont renvoyés à plus tard. Mais l’important, c’est de voir que l’Accord de Paris reste le référentiel. Ce n’est pas une année de perdue, on a pu voir que des choses se concrétisent dans les plans nationaux.

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«On sonne la fin de la récré en 2018»

Les délégués se sont mis d’accord sur 2018 comme date de finalisation des règles de mise en œuvre de l’Accord de Paris, enjeu principal de cette COP22. «On sonne la fin de la récré en 2018, avec en plus un premier bilan des actions», a détaillé Laurence Tubiana, ambassadrice chargée des négociations sur le changement climatique pour la France et «championne du climat» des Nations unies. Le texte, entré en vigueur début novembre de façon anticipée, est en effet un cadre global qui doit être traduit dans les faits.

«La feuille de route est assez claire pour les deux prochaines années», décrit le négociateur malien Seyni Nafo, chef de file des pays africains dans la négociation. Certains groupes de pays, comme les PMA (Pays les moins avancés, soit 48 nations), poussaient pour une adoption de ces règles un an plus tôt, en 2017. Mais c’est donc la COP24 qui sonnera l’heure de vérité de l’Accord de Paris. A cette occasion également, les Etats devront présenter des plans climat nationaux, et être plus ambitieux dans leurs engagements en matière de réduction des émissions de gaz à effet de serre, pour l’instant insuffisants. Le texte vise un monde bien en deçà de 2°C, voire 1,5°C d’augmentation par rapport à l’ère préindustrielle. Sans les contributions, le statu quo nous mènerait à +5°C. Avec les efforts sur la table, les 189 contributions, on serait autour de +3°C, plus selon certaines estimations.

Il faut transformer les contributions des Etats en politiques publiques, en plans d’investissement.

Le financement, nerf de la guerre contre le changement climatique

 

C’est le nerf de la guerre des négociations climat : l’argent, qui doit sortir des poches des pays riches pour aider les pays les plus vulnérables à s’adapter aux conséquences du changement climatique. Cette question du financement de l’adaptation(1) a occupé une grande partie des discussions de la 22e Conférence des Parties sur le climat sous l’égide de l’ONU (COP22) qui s’est achevée vendredi soir à Marrakech. Armelle Le Comte, qui suit la question du financement climat pour l’ONG Oxfam, revient sur l’attitude des pays développés.

Pourquoi les discussions sur le financement ont-elles créé des tensions à Marrakech ?

Ce qui a cristallisé les tensions, c’est cette question du financement de l’adaptation. Aujourd’hui, seulement 16% des financements internationaux dédiés au climat vont à l’adaptation. C’est contraire à ce qui est écrit dans l’Accord de Paris, qui parle d’équilibre entre financement de l’adaptation et financement de l’atténuation, c’est-à-dire tout ce qui touche à la réduction des émissions de gaz à effet de serre (développement des énergies renouvelables, efficacité énergétique…) Quelques semaines avant le début de la COP22, les pays développés, en collaboration avec l’OCDE, ont sorti une feuille de route pour expliquer comment ils allaient mobiliser les 100 milliards de dollars par an promis à Copenhague, en 2009, engagement réaffirmé à Paris en 2015. Et on s’aperçoit qu’en 2020, malgré des nouvelles annonces, on sera toujours autour de 20% des financements internationaux dédiés à l’adaptation. On sera encore très loin du compte. Le Programme des Nations Unies pour l’Environnement (PNUE) estime les coûts de l’adaptation entre 150 et 300 milliards de dollars par an d’ici à 2030.

Pourquoi les pays du Sud insistent-ils sur cet équilibre entre financement de l’adaptation et financement de l’atténuation(1), les deux piliers de l’action climat ?

Les pays du Sud sont les moins responsables du changement climatique, mais ils sont les premières victimes : sécheresses, inondations, impacts sur l’agriculture, accès à l’eau… C’est cette question de justice et de solidarité des pays développés, responsables historiques des émissions, envers les populations pauvres qui font face dès maintenant aux impacts du changement climatique. On s’aperçoit que les financements vont plus vers l’atténuation, parce qu’il y a un retour sur investissement plus important quand on construit des fermes éoliennes, qu’on installe des panneaux solaires… L’adaptation, c’est moins intéressant d’un point de vue financier, c’est d’ailleurs pour ça que l’argent public est aussi important. Selon un rapport de l’OCDE l’an dernier, 90% de l’argent privé mobilisé par le public va à l’atténuation. Cette semaine à Marrakech, ce qui a bloqué, ce sont les pays du Nord, qui veulent la reconnaissance de leur feuille de route avec seulement 20% pour l’adaptation, et les pays en développement qui disent que ce n’est pas assez, et qui veulent la reconnaissance d’une beaucoup plus grande part de financements pour l’adaptation.

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 Fonds Vert, Fonds pour l’Adaptation… On s’y perd…

Il y a plus d’une trentaine de fonds spécifiques dédiés au climat : ça crée beaucoup de complexité. Il y a le Fonds Vert, qui a été créé en 2010, qui a vraiment commencé son travail quand il a eu l’argent en 2015, doté de 10 milliards de dollars. Il fait partie des 100 milliards promis en 2009 à Copenhague par les pays développés. A terme, il doit devenir le principal canal de financement pour simplifier cette machinerie très complexe. C’est un travail de longue haleine. D’autres fonds existent, comme le Fonds pour l’Adaptation, beaucoup plus modeste (moins de 100 millions). Il marche bien, parce qu’il a simplifié l’accès à l’argent pour les pays en développement.

Les pays développés résistent-ils encore, aujourd’hui, à ouvrir le porte-monnaie ?

Ils reconnaissent leur responsabilité. Mais on a beaucoup de beaux discours. Ils disent, en substance, qu’ils vont dans la bonne direction, que «d’ici 2020 on aura les 100 milliards, ne vous inquiétez pas, on a fait ce qu’il fallait pour l’argent public, maintenant l’argent privé va faire le reste». Certains pays développés font vraiment la politique de l’autruche, en estimant qu’ils ont fait leur part du travail.

Dans quelle mesure l’élection de Trump, qui avait menacé avant l’élection de sortir de l’Accord de Paris, a-t-elle crispé la discussion sur le financement ? Les Etats-Unis sont un gros pays donateur…

Pour le Fonds Vert, les Etats-Unis avaient promis 3 milliards de dollars sur quatre ans, et ils en ont décaissé 500 millions l’an dernier. Pour l’instant il y a une vraie incertitude sur cette question des financements après l’élection de Trump. Là, on est dans une période d’attente. Plus largement, à Marrakech, les pays riches sont venus les mains vides, à part quelques annonces individuelles pour le Fonds pour l’Adaptation. Pour la France, François Hollande n’a fait que réitérer les engagements pris l’année dernière : passer de 3 milliards d’euros de financements climat, par an aujourd’hui, à 5 milliards en 2020, dont 1 milliard pour l’adaptation.

En quoi la répartition entre la part de dons et de prêts est-elle importante ?

Sur les 3 milliards actuels de la France, il n’y a que 2% de dons. C’est vraiment «peanuts». Tout le reste, c’est du prêt, alors qu’on sait que les dons sont essentiels pour aller aux plus pauvres. De nombreux pays en développement n’ont pas accès aux prêts. Les financements climat du Royaume-Uni représentent 0,75 milliard de dollars, dont 94% de dons. Le volume total est moindre, mais quasiment que du don, avec presque la moitié en adaptation : c’est plutôt un bon élève.

Il y a aussi débat sur la méthodologie de la comptabilisation des financements climat.

Pour l’instant il n’y a pas de méthode commune aux pays développés. Chacun fait sa petite tambouille, et c’est très difficile de comparer. Outre la question de la répartition entre prêts et dons, les Etats surestiment bien souvent leurs financements. Un Etat qui va faire construire une école en Afrique avec des panneaux solaires, tout le projet devient un projet pour le climat. Alors que c’est d’abord un projet pour l’éducation, avec une composante climat. Il faudra arriver en 2018, dans le cadre des négociations techniques, à une méthode commune, pour faire des comparaisons entre pays, et avoir de la clarté sur ce qui est vraiment versé aux pays. C’est une question de justice et de solidarité… De «dette climatique», pour reprendre l’expression de François Hollande, des pays du Nord envers les pays du Sud. Mais certains pays en développement, comme la Chine, donnent déjà des financements. L’obligation sous la Convention ne concerne que les pays riches, mais depuis 2014, un certain nombre de pays qui entrent dans la catégorie de pays en développement à revenu intermédiaire, comme le Mexique, la Corée, la Colombie, ont contribué au Fond Vert, de manière volontaire. La Chine a annoncé 3,1 milliards de dollars en 2015 pour la coopération Sud-Sud. Les pays en développement ne restent pas les bras croisés à attendre que l’argent arrive.

(1) Adaptation : transferts techniques pour éviter un développement qui passe par les fossiles.

Atténuation : subvention pour faire face aux conséquences actuelles liées aux dérèglements climatiques.

article inspiré fortement du contenu du journal Libération

 

 

 

 

 

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